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Scripto. Histoire du graphisme avant la modernité

Ch. 5. La réflexion de la pensée

abstract

Le graphiste, le designer graphique, le typographe semblent apparaître avec la notion toujours complexe de modernité, en tout cas avec le mouvement d’une industrialisation plus consciente d’elle-même. C’est ce que soutient le grand défenseur de la modernité, l’historien de la typographie Robin Kinross, lorsqu’il situe les débuts de la « modern typography » au xviie siècle. Mais est-ce à dire qu’on ne puisse parler de graphisme avant l’institution de cette modernité et de cette pratique du graphiste, du « graphic designer », du typographe désignés en tant que tels ? C’est à cette question intempestive que veut s’attaquer Thierry Chancogne, enseignant et théoricien du graphisme, en tentant de repérer les moments de rupture de phase de l’histoire longue de cette discipline avant même qu’elle ne soit reconnue comme telle. Avec « La réflexion de la pensée » – huitième épisode de cette série – on avancera avec prudence que l’écrit met en quelque sorte le langage oral, voire la pensée qu’il est en charge de vouloir dire, en face d’eux-mêmes.

Grammaire : relatif aux lettres

Les performances vocales « formelles » des dadaïstes allemands, des futuristes russes et plus explicitement encore, des bien nommés lettristes, partent de la formalisation de la lettre inscrite dite seconde, pour explorer les possibilités plus ou moins absolues, originelles et joueuses, de l’appareil phonatoire censé être premier. Kurt Schwitters invente les « sons primitifs » de son Ursonate en « lisant » les grandes lettres imprimées à la diable en letterpress du poème-affiche de Raoul Hausmann1 Fig. 1. « Iliazd » Zdanevič, Viktor Vladimirovitch « Velimir » Khlebnikov, Victor Borissovitch Chklovski ou Roman « Alâgarov » Jakobson2 vont chercher dans l’étrange familiarité de la graphie concrète des lettres l’ouverture-régression zaoum « trans-mentale » de la sculpture sonore du langage. Mais c’est aussi plus généralement que la grammaire, ou chose des lettres – en grec grammatica, de « lettre » γράμμα, gramma, par extension « inscription », « unité de système » notamment de poids ou « enregistrement » , désigne assez traditionnellement l’étude du système de la langue à partir de ses éléments constitutifs pensés visiblement comme plus tangibles dans leur morphologie inscrite que dans leur phénoménalité sonore Fig. 2.

[Socrate :] On observa d’abord que la voix était infinie, découverte qui fut l’œuvre d’un dieu ou d’un homme divin, d’un certain Thôt, à ce que l’on rapporte en Égypte. Celui-ci remarqua le premier les voyelles dans cette infinité et reconnut qu’elles n’étaient pas une, mais plusieurs, puis que d’autres lettres, sans être des voyelles, participaient du son (semi-voyelles) et qu’il y en avait aussi un certain nombre ; enfin il distingua une troisième espèce de lettres, celles que nous appelons aujourd’hui des muettes. Après cela, il divisa les lettres qui n’ont ni son ni voix, jusqu’à ce qu’il eût distingué chaque lettre individuelle, et il traita les voyelles et les moyennes (semi-voyelles) de la même façon, jusqu’à ce qu’ayant saisi leur nombre, il eût donné à chacune et à toutes le nom d’élément. Puis, s’apercevant qu’aucun de nous ne pourrait apprendre une lettre isolée sans les apprendre toutes, il vit là un lien qui était un et qui faisait d’elles toutes une unité et leur imposa le nom de grammaire, comme étant un art unique3.
Platon

On pourrait dès lors avancer avec prudence que l’écrit met en quelque sorte le langage oral, voire la pensée qu’il est en charge de vouloir dire, en face d’eux-mêmes. Évidemment, la situation orale permet déjà cette réflexion interpersonnelle et sociale, notamment sous la forme intense de la conversation plus ou moins contradictoire chère à Socrate et Platon. Le verbe latin fari du dire et du parler est aussi un verbe de l’« éclairement4 ». Mais l’inscrit permet, comme le dit l’anthropologue Jack Goody, « de réifier la parole, de donner à la langue [orale] un corrélat [sensiblement] matériel, un ensemble de signes visibles5 ». Par là, l’expression déconnectée de la particularité d’une locution qualifiée par toute une série de conditions autoritaires peut se réfléchir sur un temps et un espace libérés, du moins étendus. Comme on le dit d’une opération mathématique, l’écriture peut mieux se poser, se déposer. Le relais des idées et des discours peut plus se considérer, se reprendre, se préciser, se développer, précipiter, être repris, se figer.

Les progrès en ce qui concerne le langage peuvent être recherchés du côté des instruments lexicaux ou syntaxiques grâce auxquels devient possible ou nécessaire l’expression explicite de certaines catégories et relations sémantiques universelles qui sont présentes implicitement (au moins) dans toutes les langues et toutes les cultures6.
Paul Kay

L’écriture, surtout l’écriture alphabétique, rendit possible une nouvelle façon d’examiner le discours grâce à la forme semi-permanente qu’elle donnait au message oral. Ce moyen d’inspection du discours permit d’accroître le champ de l’activité critique, favorisa la rationalité, l’attitude sceptique, la pensée logique (pour faire resurgir ces contestables dichotomies). Les possibilités de l’esprit critique s’accrurent du fait que le discours se trouvait ainsi déployé devant les yeux ; simultanément s’accrut la possibilité d’accumuler des connaissances, en particulier des connaissances abstraites, parce que l’écriture modifiait la nature de la communication en l’étendant au-delà du simple contact personnel et transformait les conditions du stockage de l’information ; ainsi fut rendu accessible à ceux qui savaient lire un champ intellectuel plus étendu. Le problème de la mémorisation cessa de dominer la vie intellectuelle ; l’esprit humain put s’appliquer à l’étude d’un ‹ texte › statique, libéré des conditions propres aux dynamiques de «  l’énonciation  » […]7.
Jack Goody

L’existence de la philosophie et de toutes les sciences et « arts  » (les études analytiques de processus, tel la Rhétorique d’Aristote) dépend de l’écriture : l’esprit humain ne les produit pas sans aide extérieure, il se sert d’une technologie profondément intériorisée, incorporée jusque dans les mécanismes de pensée. L’esprit interagit avec le monde matériel qui l’entoure de manière plus profonde et plus créative qu’on ne l’avait imaginé jusqu’ici. La philosophie, semble-t-il, devrait avoir conscience qu’elle est le produit de la technologie –  autrement dit un type très particulier de produit très humain. La logique même émerge de la technologie de l’écriture8.
Walter Jackson Ong

Stade du miroir

On pourrait aussi dire d’une autre façon que l’inscrit est le stade du miroir de l’écriture au sens large Fig. 3 Fig. 4. Le stade du miroir désigne, depuis le psychologue Henri Wallon9, ce moment très symbolique où le jeune enfant prend conscience de lui, de son image, de son être, à partir d’extériorités, bien avant l’invention du miroir, du reste. Pour Jacques Lacan10 il s’agit d’une entrée dans l’imaginaire d’un Je. L’enfant, genre de singe intellectuellement prématuré, rentre, avant même la maîtrise de la parole dont il est étymologiquement privé11, dans la conscience de son corps, de son écriture. De ce à quoi il peut s’identifier. De ce de quoi il peut se distinguer, de son identité, de son moi, de sa subjectivité Fig. 5Fig. 6.

Dire que l’inscrit peut être le stade du miroir de l’écrit, ou du moins une de ses réflexions décisives et particulièrement efficaces, c’est inscrire ce mode langagier au sein des autres techniques d’intellection – de mise en relation des lectures – prises entre substitution ou enchaînement – l’illustration imagée du texte, la légende écrite de cette illustration, l’inscrit pour le dialogue oral, la graphie en tant que mythogramme appelant un récit comme chez André Leroi-Gourhan12… – et autonomie relative. Et il faudra souligner avec quelque malice que ce renvoi de la pensée proposé par le texte tient techniquement, sinon de l’image, du visuel, et relève symboliquement de l’imaginaire. En tous les cas, avec l’inscrit, peut-être du fait d’une extériorité mieux repérée que celle de la voix, des gestes, des postures, des habits… la pensée prend simplement conscience qu’elle peut se penser. L’intelligence se retrouve peut-être plus à distance de considération des lectures qui forment son milieu Fig. 8.

Le culturaliste Richard Broxton Onians a insisté sur la transformation de la langue-pensée grecque accompagnant la culture de l’écriture – dont il ne parle pas et qui n’est pas son sujet13. Il a souligné « le besoin de concret ou de matérialité dans les objets de la pensée » de la société archaïque grecque sans écriture, son « incapacité de penser l’abstrait ». Il a montré combien des notions aussi symboliques que le destin, l’accomplissement y sont incarnées par des objets bien tangibles : des liens, des cordes, des filets, des couronnes. Il a opposé cette contingence linguistique première que nous avons déjà évoquée14 à la distanciation intellectuelle postérieure et lettrée des « universaux pythagoriciens », de la « théorie des Idées » ou de la distinction de la « forme et de la matière » de Platon et Aristote15.

Nous savons par l’Écriture – l’Écriture par excellence, celle-là, la Sainte-Écriture – que nous sommes un certain commencement de la créature, que nous voyons toute chose en énigme, et comme dans un miroir […], que le monde est un livre écrit au-dedans et au-dehors […] et que les choses visibles sont faites pour nous amener à la connaissance des choses invisibles16.
Paul Claudel

L’enfant cesse de confondre avec sa propre existence tout ce qui entre dans le cercle de son existence, de confondre tout ce qui le touche, y compris autrui, avec lui-même, et aussi de confondre le mien avec le moi17.
Henri Wallon

[…] le petit d’homme à un âge où il est pour un temps court, mais encore pour un temps, dépassé en intelligence instrumentale par le chimpanzé, reconnaît pourtant déjà son image dans le miroir comme telle. […] Cet acte […] loin de s’épuiser comme chez le singe dans le contrôle une fois acquis de l’inanité de l’image, rebondit aussitôt chez l’enfant en une série de gestes où il éprouve ludiquement la relation des mouvements assumés de l’image à son environnement reflété, et de ce complexe virtuel à la réalité qu’il redouble, soit à son propre corps et aux personnes, voire aux objets qui se tiennent à ses côtés.

[…] Il y suffit de comprendre le stade du miroir comme une identification au sens plein que l’analyse donne à ce terme : à savoir la transformation produite chez le sujet quand il assume une image18.
Jacques Lacan

Un cheval je le vois ; la chevalité je ne la vois pas19.
Antisthène

Il y a des moments dans la vie où la question de savoir si on peut penser autrement qu’on ne pense et percevoir autrement qu’on ne voit est indispensable pour continuer à regarder et à réfléchir. [...] Mais qu’est-ce donc que la philosophie aujourd’hui – je veux dire l’activité philosophique – si elle n’est pas le travail critique de la pensée sur elle-même. Et si elle ne consiste pas, au lieu de légitimer ce que l’on sait déjà, à entreprendre de savoir comment et jusqu’où il serait possible de penser autrement20.
Michel Foucault

Téléologie

On pourrait affirmer – selon un usage assez bien établi – que cette réflexivité, cette curieuse abstraction du langage apportée par le médium du texte nous engage à considérer l’inscrit comme un progrès dans une sorte de développement phylogénétique21 des langages et des sociétés. Un progrès au sein d’un éventuel développement des écritures qui a pu mener assez téléologiquement – c’est-à-dire en expliquant a posteriori un phénomène en jugeant comme d’une cause finale ce qui n’est peut-être que l’effet d’enchaînements en partie arbitraires et contingents – à l’aboutissement célébré, on l’a vu, par l’anthropologue Paul Kay ou le linguiste Walter Jackson Ong, de l’alphabet grec anciennement cananéen devenu romain puis atlantiste et international.

On peut en effet – et on l’a beaucoup fait – considérer l’écrit, et en particulier sa forme de traduction phonologique étendue alphabétique, comme l’« origine de la civilisation occidentale » pour paraphraser un peu abusivement le titre français des conférences d’Eric Alfred Havelock22. Il est vrai que l’alphabet, forme d’inscription plutôt récente et finalement occidentale, a pris aujourd’hui sous son empire la plupart des autres moyens mondiaux de stockage et de transmission de l’information – avant d’être relayé par les multiples « codes » numériques. Qu’en tout cas, il a une efficacité propre qui peut fasciner.

Au sein des prestiges de l’écriture, sa notation assez complète des sons de la langue orale, son économie de fonctionnement lui assurent une place de choix. Celle du dispositif transparent garantissant une relative transitivité du message, une certaine concentration de l’attention et de l’intellection sur des contenus préservés. De là à en faire le levier principal de la libération démocratique des esprits, et en tout cas, du « miracle grec » dont l’Occident se veut le bel et bon héritier rationnel, marchand et libéral, il y a peut-être un abus ethnocentrique.

Le magnétisme de l’alphabet se mêle souvent, du reste, d’un désir d’hégémonie pas si étrangement consubstantiel d’une moralité autoproclamée. Jack Goody, qui peut déclarer qu’il a fallu « attendre les e et ve siècles avant notre ère pour voir émerger dans les cités-états de Grèce et d’Ionie une société qui […] mérite le nom de société littératienne23 », n’hésite par exemple pas à penser l’« universalisme » et le prosélytisme des religions « littérariennes » – plus ou moins alphabétiques – comme un effet moral. L’écriture non seulement étend « très largement l’éventail des relations entre humains dans le temps et l’espace » ; non seulement elle assure la cohésion des grandes structures politiques – en l’occurrence des « grands empires » – en représentant « une méthode fiable pour la transmission de l’information » ; mais surtout elle construit des religions à vocation universelle qui organisent des parentèles dans lesquelles l’individu recherche « les voies de la vertu » au-delà « du clan, de la tribu ou de la communauté ». Et l’on voit s’installer pour Goody, dès les débuts de l’écriture, les ferments « littérariens » de la merveilleuse société libérale et légaliste universaliste de marché favorisant commerce et mélange globalisé avant l’heure24.

Un autre moyen de comparer les langues & de juger de leur ancienneté, se tire de lʼécriture, & cela en raison inverse de la perfection de cet art. Plus lʼécriture est grossière, plus la langue est antique. La première manière dʼécrire nʼest pas de peindre les sons, mais les objets mêmes, soit directement, comme faisoient les Mexicains, soit par des figures allégoriques, comme firent autrefois les Égyptiens. Cet état répond à la langue passionnée, & suppose déjà quelque société & des besoins que les passions ont fait naître.
La seconde manière est de représenter les mots & les propositions par des caractères conventionnels ; ce qui ne peut se faire que quand la langue est tout à fait formée, & quʼun Peuple entier est uni par des loix communes : car il y a déjà ici double convention. Telle est lʼécriture des Chinois ; cʼest là véritablement peindre les sons & parler aux yeux.
La troisième est de décomposer la voix parlante à un certain nombre de parties élémentaires, soit vocales, soit articulées, avec lesquelles on puisse former tous les mots & toutes les syllabes imaginables. Cette manière dʼécrire, qui est la nôtre, a dû être imaginée par des Peuples commerçans qui, voyageant en plusieurs pays, & ayant à parler plusieurs langues, furent forcés dʼinventer des caractères qui pussent être communs à toutes. Ce nʼest pas précisément peindre la parole, cʼest lʼanalyser.
Ces trois manières dʼécrire répondent assez exactement aux trois divers états, sous lesquels en peut considérer les hommes rassemblés en nations. La peinture des objets convient aux Peuples sauvages ; les figures des mots & des propositions aux Peuples barbares, & lʼalphabet aux Peuples policés25.
Jean-Jacques Rousseau

Autonomie

Il y a ici aussi, au-delà ou à côté d’un « occidentalo-centrisme » pesant, un autre effet du phénomène de l’écrit. L’écriture, précisément dans le sens de la « littérature » ou de la poésie, peut être autant un message, une proposition, une information, avec ses exigences adhérentes de performance technique, de lisibilité, de transitivité, qu’une promesse infinie de signes à traduire, de messages et de réalités à éprouver. Une machine herméneutique. Un texte à venir. Un espace à investir. Un « vide d’univers », comme le dit Maurice Blanchot26. « Une sorte de langue étrangère » dans laquelle « tous les contresens sont beaux », comme l’écrit Marcel Proust27. « Un langage […] porté à une limite », comme le soutient Gilles Deleuze28. Un « abîme » ou une « mise en abyme », comme l’affirme Jacques Derrida en parlant en l’occurrence de texte plutôt pictural29 Fig. 7. Bref, contre ce que soutient Eric Alfred Havelock, « l’objectif propre du langage » ne tient pas seulement à cette performance morale de belle, bonne « communication [communion ?] instantanée entre les membres d’un groupe humain30 ». L’écrit peut aussi bien relever du pouvoir, de la maîtrise, que de la puissance, du devenir. Voire même d’une sorte de malédiction, fruit d’une poussée irrépressible.

L’objet technique qu’est le texte, parce qu’il se libère de la dépendance du corps et de la présence de son auteur, peut aussi proposer avec plus d’indépendance, de suspension, de liberté, d’abstraction que le verbe, une réflexion non achevée, « infinie », qui nous dit quelque chose de notre rapport au sens et au langage. Dans le fil de Platon31, saint Paul oppose la lettre « qui tue » et l’esprit – dont l’oralité est pensée comme plus proche – qui « vivifie ». Jacques Lacan fait pourtant jouer le proverbe classique attribué à un sénateur romain du ıer siècle : verba volant, scripta manent (les paroles s’envolent, les écrits restent). Contre le sens commun et la loi partagée, entre autres commerciale, mais depuis longtemps écrite, la voix est ce qui apparaît et, peut-être, demeure attachée au contexte spatial, temporel, contingent, corporel, individuel, auctorial, autoritaire de son émission. Les lettres, parce qu’elles appartiennent à un espace ou un objet technique plus autonomes – quoique également situés –, peuvent être plus volontiers reprises, transformées, déplacées. Elles peuvent voler, comme le dit la psychanalyste Graciela Prieto, dans « les tourbillons de l’histoire32 ». Les inscriptions lettrées et les paroles prononcées entretiennent en tout cas un genre de concurrence dans les représentations de l’intelligence. L’une et l’autre veulent être plus intensément prises ou à la manœuvre entre les lectures Fig. 8Fig. 9.

Intelligence n. f. emprunt ancien (v. 1175) au latin classique intelligentia, variante de intellegentia « action de comprendre  », «  faculté de comprendre, entendement  » […] Le mot est dérivé de intellegere ou intelligere, proprement «  choisir entre (par l’esprit)  » d’où «  comprendre  » et «  apprécier  », verbe formé de inter ‹ entre › (→ inter-) et de legere «  cueillir, rassembler  », d’où «  lire  » (→ élire, lire) qui se rattache à la racine indo-européenne leg- «  cueillir  », « choisir  », «  rassembler 33 ».
Alain Rey

 Car la lettre tue, mais l’esprit vivifie34.
Saint Paul

J’ai une théorie selon laquelle lorsque les enfants apprennent à lire, ils arrêtent de faire de l’art. Parce qu’alors tout doit signifier quelque chose. Les œuvres d’art ne signifient rien. Ce sont des réalités. Tout ce que la réalité signifie est là. Ce qui est réellement signifié est là. Parce que notre culture transforme tout en langage, nous perdons de vue la présence actuelle des choses35.
Carl Andre

Plût au ciel que les écrits restassent, comme c’est plutôt le cas des paroles : car de celles-ci la dette ineffaçable du moins féconde nos actes par ses transferts. Les écrits emportent au vent les traites en blanc d’une cavalerie folle36.
Jacques Lacan

Bibliographie

Ouvrages

  • BLANCHOT, Maurice. L’Entretien infini. Paris : Gallimard, 2012.

  • CHANCOGNE, Thierry. Histoire du graphisme avant la modernité en trois temps et cinq mouvements. Premier temps. Avant l’écriture. Premier mouvement. Mûthos (sic). Le Havre : Franciscopolis, 2018.

  • CLAUDEL, Paul. Positions et propositions, I. Paris : Gallimard, 1928.

  • DERRIDA, Jacques. La Dissémination. Paris : Seuil, 1972.

  • DELEUZE, Gilles. Critique et clinique. Paris : Minuit, 1966.

  • FOUCAULT, Michel. Histoire de la sexualité, tome 2. Paris : Gallimard, 1984.

  • GOODY, Jack. La raison graphique, la domestication de la pensée sauvage. Traduit de l’anglais par Jean Bazin et Alban Bensa. Paris : Minuit, coll. « Sens commun », 1979.

  • HAVELOCK, Eric Alfred. Aux origines de la civilisation écrite en Occident [1974]. Paris : La Découverte, coll. « Petite collection Maspero », 1981.

  • LE QUELLEC, Jean-Loïc. La caverne originelle. Art, mythes et premières humanités. Paris : La Découverte, 2022.

  • LEROI-GOURHAN, André. Le geste et la parole, I. Technique et langage. Paris : Albin Michel, 1964.

  • ONG, Walter Jackson. Oralité et écriture (La technologie de la parole) [1983]. Paris : Les Belles Lettres, 2014.

  • ONIANS, Richard Broxton. Les origines de la pensée européenne sur le corps, l’esprit, l’âme, le monde, le temps et le destin [1951]. Traduit de l’anglais par Barbara Cassin, Armelle Debru, Michel Narcy. Paris : Seuil, 1999.

  • PRIETO, Graciela. Écritures du sinthome. Van Gogh, Schwitters et Wolman. Toulouse : Érès, 2013.

  • PROUST, Marcel. Contre Sainte-Beuve [1909]. Paris : Gallimard, 1965.

  • REY, Alain (dir.). Le Robert, Dictionnaire historique de la langue française. Paris : Dictionnaires Le Robert, 2000.

  • WALLON, Henri. Les origines du caractère chez l’enfant. Les préludes du sentiment de personnalité. Paris : Presses universitaires de France, 1934.

Article ou chapitre dans une revue ou un ouvrage

  • DERRIDA, Jacques. Parergon. In La vérité en peinture. Paris : Flammarion, 1978, p. 21-168.

  • GOODY, Jack. La technologie de l’intellect, Pratiques, no 131-132, décembre 2006. Traduit de l’anglais par Jean-Claude Lejosne.

  • Ian WATT. Les conséquences de la littératie, Pratiques, no 132-133, décembre 2006. Traduit de l’anglais par Jean-Claude Lejosne.a Lien

  • LACAN, Jacques. Le stade du miroir comme formateur de la fonction du Je, telle qu’elle nous est révélée dans l’expérience psychanalytique, Revue française de psychanalyse, 1949, p. 449-450.

  • —. Séminaire sur la lettre volée, La Psychanalyse, no 2, 1956.

  • PLATON. Philèbe. In Œuvres complètes de Platon, tome V. Traduit du grec par Émile Chambry. Paris : Garnier-Flammarion, 1969.

  • ROUSSEAU, Jean-Jacques. Essai sur l’origine des langues. In Collection complète des œuvres de J.-J. Rousseau, tome onzième. Paris : Pierre-J. Duplain, 1783.

Autres

  • ANDRE, Carl. Works of art don’t mean anything, TateShots, 10 avril 2014. Lien